Bernard Lututala Mumpasi - Professor/researcher

Bernard Lututala Mumpasi - Professor/researcher

Discours de Politique Générale - Université de Kinshasa, 2005

DISCOURS DE POLITIQUE GÉNÉRALE PRONONCE A L’OCCASION DE LA CÉRÉMONIE DE CLÔTURE DE L’ANNÉE ACADÉMIQUE ET DE COLLATION DES GRADES ACADÉMIQUES 2004-2005

 

Excellence Monsieur le Ministre de l’Enseignement Supérieur et Universitaire,

Excellences Mesdames et Messieurs les Membres du Gouvernement,

Messieurs les Ambassadeurs et Chefs des Missions diplomatiques,

Mesdames et Messieurs les Représentants des Organismes Internationaux,

Monsieur le Gouverneur de la Ville-Province de Kinshasa,

Madame le Bourgmestre de la Commune de Lemba,

Monsieur le Président du Conseil d’Administration des Universités,

Messieurs les Recteurs et Directeurs généraux des établissements d’Enseignement supérieur et universitaire,

Madame et Messieurs les Membres du Comité de gestion de l’Université de Kinshasa,

Mesdames et Messieurs les Membre du Conseil de l’université,

Messieurs les Professeurs et chers collègues,

Messieurs les Cadres du Personnel administratif

Chers étudiantes et étudiants,

Distingués Invités,

Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs,

 

La cérémonie de collation des grades pour l’année académique 2004-2005 à l’Université de Kinshasa intervient in extremis, à quelques jours de l’ouverture de la nouvelle année académique 2005-2006, laquelle sera prononcée dans une semaine, soit le 15 octobre prochain à Kananga. Ceci est révélateur des difficultés que connaît l’Université de Kinshasa pour un fonctionnement normal, et de l’importance prise par les phénomènes de l’élasticité et du chevauchement des années académiques dans notre université. Aussi ai-je estimé qu’il était opportun d’y consacrer ce discours de politique générale, en ce moment où l’Université de Kinshasa est appelée à rompre avec ces dérives. Je tenterai de circonscrire les facteurs qui les sous-tendent, avant de proposer la nouvelle vision que notre communauté universitaire se fait de son université.  

 

Auparavant, permettez-moi de commencer par m’acquitter de cet agréable devoir de remercier  chacun de vous pour avoir répondu à l’invitation que nous vous avons lancée, de venir rehausser de votre présence cette cérémonie de collation des grades académiques 2005. Par votre présence, vous manifestez votre soutien à l’œuvre combien importante de formation des futurs cadres de notre pays, que nous réalisons jour et nuit sur cette colline inspirée. Et vous témoignez de votre foi en cette université.

 

Je remercie plus particulièrement Son Excellence Monsieur le Ministre de l’Enseignement Supérieur et Universitaire qui a tenu a présider personnellement cette cérémonie, démontrant par là combien il se préoccupe du bon fonctionnement de notre université. A travers vous, Excellence Monsieur le Ministre, nous saluons les plus hautes autorités du pays et leur sommes infiniment reconnaissants pour les efforts de rétablissement progressif de la paix, sans laquelle il ne nous aurait pas été possible de fonctionner et d’en arriver aujourd’hui à cette étape de collation des grades académiques.

 

Excellence, Mesdames et Messieurs,

 

Parvenir à organiser une cérémonie de collation des grades à l’Université de Kinshasa est devenu un véritable exploit pour les Autorités académiques et un chemin de croix pour les étudiants. C’est donc avec beaucoup de satisfaction, et même de soulagement que nous proclamerons bientôt les résultats qui sanctionnent le bon déroulement de cette année académique, même si certaines facultés accusent quelques mois de retard.

 

En effet, l’année académique 2004-2005 aura été celle de tous les risques. Elle a démarré, qu’on s’en souvienne, timidement et sans beaucoup d’espoir d’aboutir. Elle a été marquée par le changement des membres du Comité de gestion intervenu en mars 2005, soit en cours d’année académique. Ce changement a failli conduire à un flottement de certaines activités, les nouveaux membres du Comité de gestion ayant été soumis à ce que ceux qui font plus prévaloir les intérêts individuels et tribaux au lieu des intérêts de notre institution ont appelé un baptême. Nous reviendrons sur ce virus qui gangrène notre université. En attendant, saisissons cette occasion pour présenter nos remerciements et félicitations aux membres du Comité de gestion sortants qui ont fait de leur mieux pour gérer cette institution avant nous.

 

L’année qui s’achève a aussi été caractérisée par un bouillonnement socio-politique plutôt compromettant, dû à la psychose des évènements du 30 juin 2005. Un climat de tension, d’intolérance, de vandalisme avait alors régné sur le site universitaire. Ce climat a plongé la plupart des étudiants dans une expectative de l’après 30 juin avant de s’engager résolument dans les activités académiques : assistance aux cours, payement des frais d’études, réalisation des recherches pour les TFC (Travaux de Fin de Cycle) et mémoires. Beaucoup s’attendaient à ce qu’on suspende les enseignements et qu’on évacue les étudiants des homes. Rien de cela n’a été fait ; au contraire, l’Université de Kinshasa a poursuivi la réalisation de ses activités académiques, soutenue et encouragée en cela par l’Instruction académique n° 78 du Ministre de l’ESU, laquelle prône l’apolitisme dans les milieux universitaires.

 

C’est ici l’occasion de féliciter toute la communauté universitaire, qui a fait la démonstration que la vie d’une Nation ne se limite pas à l’exercice de la politique, mais qu’au contraire, chaque citoyen a son rôle dans l’édification de la société, du pays. Il y a dans notre pays trop de politique, pour ainsi dire, au point de considérer que toutes les autres structures sociales, dont les écoles et les universités, doivent se mettre au service de la politique ; que tous doivent faire la politique pour être pris en considération. Et puisque nous entrons dans une année électorale, il est bon de dire que notre université, comme les autres structures d’enseignement, de santé, et que sais-je encore devront continuer à fonctionner en dépit des échéances électorales qui nous attendent. 

 

Excellences, Mesdames et Messieurs,

 

Depuis l’an 2000, l’Université de Kinshasa prône sa renaissance et sa ré-dynamisation.  Elle a pris conscience des pesanteurs qui bloquent son fonctionnement, mais aussi de sa primauté, sa grandeur et son rôle dans la formation des futurs cadres de ce pays.  En effet, notre université était hier une des plus grandes universités francophones d’Afrique et peut-être du monde. Elle a formé de dizaines de très hauts cadres qui œuvrent dans les plus grandes universités et institutions du monde, et de millions des cadres qui dirigent ce pays. Elle "était" une référence en Afrique ! 

 

Plutôt que de continuer à cajoler et regretter son passé glorieux, elle doit maintenant s’assumer et baliser son avenir. L’université doit sortir de son fonctionnement routinier et doit innover.   

 

Pour ce faire, l’Université de Kinshasa a entrepris depuis mars 2005, et dans une approche participative, une auto-évaluation, à travers l’élaboration de son Plan stratégique de réhabilitation et de revitalisation, grâce au concours du Professeur Miala Diambomba de l’Université Laval au Canada. Cet exercice lui a permis de définir sa nouvelle vision : « se maintenir dans la ligne d’excellence tracée par ses fondateurs, et offrir à ses étudiants un enseignement et une formation guidés par la créativité, l’innovation et l’excellence ». 

 

L’Université de Kinshasa vise donc à former une nouvelle génération de cadres, plus créatifs, plus nationalistes, plus porteurs de valeurs citoyennes et de paix, plutôt acteurs du développement que jouisseurs des efforts des autres. Le Plan stratégique a retenu 7 axes pour que cette vision devienne une réalité :

1) renforcer la qualité de la formation afin d’accroître les taux de rétention et de diplomation des étudiants de l’Université de Kinshasa ;

2) renforcer la pertinence économique et sociale de la formation offerte par l’université ;

3) attirer, développer et retenir un personnel administratif et académique de haut niveau ;

4) maintenir le leadership de l’université dans le domaine de la recherche fondamentale et appliquée ;

5) rendre le campus universitaire plus attrayant et ses infrastructures plus fonctionnelles ;

6) améliorer le fonctionnement administratif de l’université ; et

7) diversifier les sources de financement de l’université.

Le Plan Stratégique prévoit pour chacun de ses axes des objectifs et des actions à réaliser. Il est la volonté de la communauté universitaire à réhabiliter et à ré-dynamiser son université.

 

Excellences, Mesdames et Messieurs,

 

La réalisation des actions stratégiques prévues dans ce Plan sortira j’en suis sûr notre université de sa situation actuelle, et lui permettra de reconquérir sa place primordiale en RDC. Elle lui permettra de se remettre en phase avec les instructions relatives au calendrier académique, et à mettre fin, progressivement bien sûr, au chevauchement des années académiques, surtout à la Faculté de médecine.

 

Cette réalisation du Plan stratégique requiert néanmoins la mobilisation de toute la communauté universitaire, et l’accompagnement des partenaires de notre université. 

 

La diversification des sources de financement de l’université a été amorcée. Déjà, nos partenaires ont permis à l’Université de Kinshasa de sortir de son isolement et d’être de nouveau visible sur l’échiquier scientifique international. Au total, l’Université de Kinshasa a mobilisé au cours de cette année 4 093 534 $US pour divers projets de recherche, de formation, de renforcement des capacités, et d’amélioration des infrastructures.  Ces fonds ont  été octroyés directement aux projets par la CUD, le VLIR, le UNFPA, le SENAREC, l’ACDI, l’UCL, la Coopération française, le CODESRIA, la CTP, le Centre Wallonie-Bruxelles, le MRAC, La Fondation Rawji, la Fondation Antoine Ghonda, la Pléiade-Mouvement des Libres penseurs, etc.   

 

L’informatisation de l’université par le Backbone, grâce au VLIR et au CIUF, est une réalité. Elle permet aujourd’hui d’envisager la possibilité de faire de l’Université de Kinshasa un centre d’excellence en enseignement à distance. Des discussions sont en cours avec l’UNESCO, la Banque mondiale, le PNUD, le NEPAD et l’AUF. Ce projet permettra, entre autres choses, d’épargner nos Professeurs de sauter dans tous les avions pour aller dispenser des enseignements dans les universités-sœurs, qui, nous en sommes conscients, ont tant besoin de notre implication.

 

L’on doit également noter la très forte implication de nos partenaires, notamment le CIUF, le VLIR et la Coopération française dans les actions visant la relève académique. Au total, le CIUF a soutenu la formation de 17 Doctorants et de 20 candidats au DEA. Le CIUF et le VLIR financent par ailleurs 23 projets de recherche en cours d’exécution en partenariat avec les professeurs-chercheurs des universités belges. Ces projets ont ébloui les visiteurs de notre stand à la FIKIN (Foire Internationale de Kinshasa). Ces visiteurs ont en effet découvert que l’Université de Kinshasa ne se contente pas de distribuer des diplômes, mais qu’elle fait aussi des recherches originales pouvant contribuer à la résolution des problèmes qui se posent à notre société.

 

Par ailleurs, grâce au soutien du CIUF et du VLIR, 50 Professeurs et 120 Assistants ont suivi un séminaire de renforcement des capacités en vue de les rendre plus compétitifs dans la recherche de financement et des bourses d’études. Les mêmes partenaires ont financé une formation locale et des bourses en sandwichs pour les études au 3ème cycle, contribuant ainsi à la préparation de la relève académique. Celle-ci doit devenir un problème qui interpelle toute la Nation ; car 7 % seulement des Professeurs en fonction actuellement le seront encore en 2015. 

 

La Coopération française a réhabilité 3 de nos bibliothèques : Droit, Médecine, et Sciences ainsi que le réseau électrique moyenne tension qui pose tant de problèmes aux Autorités. Elle a octroyé des bourses de DEA en Droit et Lettres/Sciences Humaines à nos Assistants auprès des universités françaises. Elle a soutenu la création du Département des Maladies Tropicales et Infectieuses aux Cliniques Universitaires de Kinshasa et à la Faculté de Médecine.

 

D’autres partenaires nous ont assisté pour la réalisation de nos activités : le Centre Wallonie-Bruxelles, la Bracongo, la Bralima, Vodacom, la Monuc, la Fondation Antoine Ghonda, la Pléiade, l’Ambassade de Suède, etc. La Fondation Rawji a entrepris la réhabilitation de 56 auditoires à travers toutes les facultés, pour un coût total de plus ou moins 200 000 $US. L’Amphithéâtre Léon de Saint-Moulin, où nous nous trouvons, sera réhabilité et le toît de son podium sera couvert par la société Vodacom. Le personnel local de la Monuc construira bientôt 2 latrines publiques, alors que la BCECO interviendra dans la réhabilitation des toilettes dans les bâtiments facultaires.

 

Cette diversification des sources de financement doit aussi viser l’autofinancement. C’est ainsi que l’université explore les possibilités de lancer des travaux d’une agro-industrie en exploitant les potentialités qu’offrent les 400 ha que l’université possède à la Phytotechnie de N’djili Brasserie.  Nous préconisons aussi la réhabilitation de la Pharmacie des Cliniques universitaires pour la production des médicaments essentiels ; et la construction d’un Complexe commercial où devront être logés tous les 500 exploitants qui sont sur le site universitaire et qui contribuent énormément à l’insalubrité et l’insécurité de notre milieu.

 

L’Université de Kinshasa a le devoir de renforcer sa coopération avec les autres universités en Afrique et dans le monde. C’est dans ce cadre que nous signalons la redynamisation de notre implication à l’Association des Universités Africaines, à l’Association Internationale des Universités, à la Southern Africa Regional Universities Association (SARUA), à l’Agence Universitaire de la Francophonie, etc. Enfin, l’Université de Kinshasa a signé des accords de coopération avec l’Université Agostihno Neto d’Angola. Elle participera au prochain symposium des universités africaines qui sera organisé à Khartoum au Soudan, en marge du Sommet de l’Union Africaine. Et dans les tous prochains jours, j’entreprendrai un voyage en Belgique, en France et au Canada pour amorcer ou renforcer les accords de coopération qui nous lient avec les universités de ces pays.

 

Excellence, Mesdames et Messieurs,

 

Comme on l’aura constaté, l’Université de Kinshasa sait où elle veut aller, elle connaît les pesanteurs qui bloquent son efficacité, elle sait quelles sont les pistes de solutions pour y faire face. Ses partenaires sont disposés à l’assister dans cette recherche de solutions. Mais un grand travail de réappropriation de l’université doit être fait au préalable par la communauté universitaire.

 

L’Université de Kinshasa doit cesser d’être l’université des membres du Comité de gestion, pour devenir celle de toute la communauté universitaire. Dans ce sens, un vigoureux travail de plaidoyer et de mobilisation doit être entrepris pour gagner le pari d’une plus grande implication positive de la communauté à la vie et à l’avenir de cette université. Il ne s’agit pas seulement de la communauté universitaire, mais aussi de la nation toute entière, en commençant par le Gouvernement et la Ville-province de Kinshasa. Celle-ci doit reconnaître que nous sommes l’Université de Kinshasa, qui fait sa fierté et, nous le savons, l’objet de ses soucis sur le plan de la sécurisation de la ville. L’université congolaise en général, et l’Université de Kinshasa en particulier doivent être considérées comme le creuset du développement de ce pays, en ce qu’elles produisent les cadres qui feront de ce pays ce qu’il sera demain, mais aussi un laboratoire pour trouver des solutions aux problèmes qui empêchent de gagner le pari de la lutte contre le développement de ce pays. 

 

La réappropriation de l’université par la communauté universitaire ne sera possible que si l’on arrive à vaincre des pesanteurs de trois ordres. La première pesanteur est celle d’une crise d’autorité qui s’est peu à peu installée dans notre université. En effet, toute collation des grades académiques est un couronnement de 9 mois de travail quotidien. Elle est la preuve du respect des textes qui régissent notre institution, et du calendrier académique qui est fixé par le Ministère de tutelle. Ce calendrier est opposable à tous, depuis les membres du Comité de gestion, jusqu’à ceux des Bureaux facultaires, aux Enseignants, aux Etudiants et même aux Parents.

 

Le respect du calendrier académique est une obligation professionnelle, une dévotion au noble métier d’Enseignant que nous avons librement choisi, et à notre Ministère de tutelle qui gère, au nom de l’Etat congolais, notre système d’enseignement supérieur et universitaire. Il permet de nous conformer aux règles universelles de fonctionnement de toute université, de nous mettre en diapason avec les autres universités du monde.

 

Pour les étudiants, le respect du calendrier académique leur apprend que le temps a une valeur dans la vie de toute institution et de toute personne, et que le respect du temps est sans doute une des clefs pour réussir dans la vie. Il s’agit aussi, pour eux, et pour nous tous d’ailleurs, de respecter cette valeur citoyenne fondamentale de soumission vis-à-vis de la loi, de refuser qu’une personne, qui qu’elle soit, se mette au-dessus de la loi. Soit dit en passant, ce manque de soumission à la loi est un des éléments qui ont conduit notre pays à la dérive que nous déplorons.  L’université, qui a la mission d’éclairer la société, doit être la première à démontrer son loyalisme vis-à-vis de la loi qui la régit.

 

Nos difficultés pour respecter le calendrier académique et les mesures d’accompagnement qui sont prises, notamment les horaires de cours, nous trahissent. Elles traduisent un manque de respect des textes réglementaires, et peut-être aussi une démission vis-à-vis de nos responsabilités. Ceci est d’autant plus vrai qu’aujourd’hui les dates de collation des grades académiques se négocient avec les Etudiants et les Enseignants. Il en est de même du démarrage effectif des enseignements, de l’inscription au rôle et aux examens. Il est inadmissible, en effet, que les étudiants refusent de prendre l’inscription au rôle avant de suivre les cours; situation qui ne permet pas aux Autorités académiques de connaître les effectifs exacts des étudiants. Nous sommes donc là dans un contexte de confiscation de l’université par ses membres. C’est là une dérive dangereuse que nous devons combattre avec toutes nos énergies, comme l’exige avec raison notre Ministère de tutelle.

 

Personne parmi nous n’a inventé l’université ; aussi devons-nous toujours nous plier aux exigences du fonctionnement de toute université.

 

La deuxième pesanteur est peut-être encore plus grave : il s’agit de la perte des valeurs universitaires qui sont la recherche de la vérité, la quête de l’excellence, l’objectivité scientifique, le sens critique. L’université congolaise en général et l’Université de Kinshasa en particulier s’est progressivement déroutée de ces valeurs qui caractérisent toute université. Elle s’est enfoncée dans la crise des valeurs que connaît la société congolaise dans laquelle elle évolue. Elle a donc démissionné de ses responsabilités d’éclairer cette société, et se trouve être par conséquent au banc des accusés de la situation déplorable que traverse notre pays.

 

La quête de l’excellence est cette valeur qui doit nous conduire à nous conformer aux missions de toute université, à savoir la production des connaissances, la transmission de ces connaissances, et les services à la collectivité. Elle nous permettra de privilégier l’excellence dans nos méthodes pédagogiques, le contenu de nos cours, les méthodes d’évaluation pour réussir le pari d’identifier, sans complaisance, ceux parmi les étudiants qui méritent d’être versés dans la société. Pour leur part, les étudiants devront reconnaître leurs lacunes, et se dire constamment qu’ils sont à l’université pour apprendre, pour s’améliorer, pour imiter leurs maîtres, pour se préparer à œuvrer pour le développement de ce pays. Ce que nous observons de leur part est tout le contraire : loi du moindre effort et même méthodes répréhensibles pour réussir ; course effrénée au diplôme et non à l’acquisition des connaissances;  manque de respect des Enseignants, des Autorités académiques, administratives et politiques ; refus de s’amender ; etc.

 

Quant aux autres anti-valeurs, elles s’observent à travers la culture des rumeurs et le trafic d’influence au lieu de privilégier la recherche de la vérité ; elles s’observent aussi sur les jugements portés sur les Autorités académiques à tous les niveaux, lesquels sont basés plus sur des sentiments primaires, dont tribaux, que sur l’objectivité. Le respect de la hiérarchie, dans une université qui enseigne le droit, doit être une valeur cardinale. Les anti-valeurs concernent aussi le recours à la violence, sous toutes ses formes, pour chercher des solutions aux problèmes ; sur les actes de vandalisme alors que l’université a du mal à protéger le peu d’infrastructures lui léguées par ses bâtisseurs ; et enfin sur la non-participation et même le reniement des efforts entrepris par les Autorités pour redresser la situation.

 

Les deux pesanteurs évoquées ci-dessus sont, il est vrai, alimentées par la crise financière et matérielle que traverse l’université. Au total, l’Université de Kinshasa aura fonctionné au courant de cette année (soit d’octobre 2004 à septembre 2005) avec un budget de 11 021 773 $US éclaté comme suit :

 

- 2 654 500 $US de frais d’études mobilisés auprès des étudiants ;

- 1 964 920 380 FC, soit plus ou moins 4 271 566 $US en provenance du Gouvernement pour le paiement des salaires ;

- 1 000 000 FC, soit 2 173 $US en provenance du Gouvernement comme frais de fonctionnement ;

- et 4 093 534 $US en provenance des partenaires pour les projets de recherche et la formation au 3ème cycle.

 

La nécessité de couvrir les besoins vitaux conduit les Enseignants à une mobilité professionnelle impressionnante, notamment en allant donner cours dans toutes les universités du pays, laissant en souffrance leur université d’attache. La même nécessité pousse les Administratifs à une sorte de chômage déguisée, en tout cas à une très faible assiduité et présence au travail.  Elle est à la base du non-respect par les étudiants des délais et conditions pour prendre l’inscription au rôle, pour s’inscrire aux examens, etc.

 

L’Université de Kinshasa doit redoubler d’efforts pour la mobilisation des frais d’études. Les étudiants sont ici invités à savoir qu’un enseignement gratuit et à moindres frais est un enseignement au rabais. Si donc nous voulons rehausser la qualité de la formation dispensée à nos étudiants, il y a, de la part des parents et des étudiants, des efforts financiers à consentir pour payer les frais d’étude, et ne pas s’illustrer par des magouilles de toute sorte pour éviter à les payer. La gestion de ces frais mérite d’être revue étant donné les crises auxquelles le système actuel a donné lieu.

 

Par ailleurs, un effort supplémentaire est demandé au Gouvernement pour augmenter l’enveloppe salariale et empêcher ainsi que les Enseignants ne s’éparpillent pour chercher, avec humiliation souvent, à arrondir le solde du mois ; et que le personnel administratif soit digne de prester dans un établissement universitaire. Le Gouvernement est aussi invité à ne pas laisser toute la formation au 3ème cycle et la recherche être financées par la coopération internationale. La relève académique doit devenir une préoccupation nationale, ainsi que l’appropriation des résultats des recherches entreprises à l’université. Toutes les institutions de la République doivent s’approprier ce dossier.

 

Le Gouvernement est enfin invité à soutenir le fonctionnement quotidien de l’université. Payer les salaires ne suffit pas, l’université est une grande entreprise sociale qui doit fonctionner et des conditions acceptables de fonctionnement doivent lui être allouées. Les services administratifs, la gestion des homes des étudiants et des résidences des Enseignants, le transport, la communication, la sécurisation du site, les contacts avec l’extérieur, le fonctionnement des laboratoires, l’acquisition des ouvrages, …tout cela exige des moyens que l’université n’a pas.   Par ailleurs, le moment est venu de protéger les infrastructures immobilières que les bâtisseurs nous ont légués. L’Université de Kinshasa a perdu 130 Ha de son site, et plusieurs immeubles.

 

Je vous remercie de votre aimable attention.

 

 

Professeur Bernard LUTUTALA MUMPASI

Recteur de l’Université de Kinshasa



20/04/2013
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